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La Quête de Soi est-elle vraiment une Quête de Dieu ?

Se connaître. Se retrouver. Se comprendre.
20 octobre 2025 par
Khadidja MAROUF


Se connaître. Se retrouver. Se comprendre. Ces mots résonnent aujourd’hui comme des mantras sacrés. On les entend partout : dans les livres de développement personnel, les podcasts de bien‑être, les retraites introspectives. Il semble que toute une génération cherche avidement à répondre à cette question : "Qui suis-je vraiment ?"

Cette question, je me la suis posée moi aussi. Et plus j’avançais dans ma recherche de sens, plus j’ai compris que ce n’était pas seulement moi que je cherchais. C’était Lui.


L’identité, en islam, commence ailleurs.

Dans notre tradition, la quête de soi n’est pas exclue. Elle est simplement orientée différemment. On ne part pas de soi pour s’élever vers le divin : on part d’Allah pour mieux se reconnaître en vérité.

"Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent." (Sourate Adh-Dhariyat51:56)

Tout commence par le lien. La relation d’adoration. La reconnaissance. Et dans cette relation, l’âme humaine se purifie, se redresse, se reconnaît.

"A certes réussi celui qui la purifie." (Sourate Ach-Chams91:9)

C’est cette purification que les maîtres du taṣawwuf (soufisme) ont approfondi. Pour eux, le nafs est comme un voile, qu’il faut affiner jusqu’à refléter la lumière divine (rappelle toi de ce fameux "objet" qui obstrue la lumière). Le célèbre soufi al-Ghazālī disait : « Celui qui se connaît, connaît son Seigneur » non pas dans un sens égocentré, mais comme un miroir vers le Réel.


Le "je" moderne : un absolu illusoire.

Le monde moderne fait du "je" une idole. Il faut s’affirmer, s’épanouir, se libérer. Mais de quoi ? Et vers quoi ?

On cherche la guérison en soi, sans référent. On s’analyse, on guérit, on revisite son passé… mais souvent en cercle fermé. Or, l’âme humaine, pour guérir, a besoin d’une lumière qui vient d’ailleurs qu’elle.

"C’est par le rappel d’Allah que les cœurs se tranquillisent." (Sourate Ar-Ra‘d13:28)

Même les sciences cognitives modernes rejoignent cette intuition : des chercheurs en psychologie et en neurosciences, comme Lisa Feldman Barrett ou Antonio Damasio, démontrent que le "soi" est moins un noyau fixe qu’un processus fluide, modelé par l’interaction avec l’environnement, les émotions, les relations.

Et si ce processus pouvait retrouver sa cohérence en étant centré sur la foi ?


Ce que je cherchais en moi et chez les autres, c’était Lui.

Lorsque j’ai commencé à m’écrire, à parler dans le micro de mes podcasts, ce que je croyais être une quête personnelle était en réalité une quête de vérité. Une vérité plus vaste que moi. Entre chaque épisode, je vis tellement d'évènements, des moments de doute qui se dissipent pour laisser place à la clarté, je réalise sans cesse des choses sur moi et surtout sur Lui. 

J’ai compris que plus je creusais en moi, plus je trouvais Ses traces. Sa guidance. Sa patience. Sa sagesse dans mes blessures. Sa générosité dans mes rencontres. Et surtout Sa miséricorde dans mes égarements.

"Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est cela la vérité." (Sourate Fussilat41:53)

Avant j'étais dans le contrôle, de vouloir accéder à un idéal de vie basé sur une illusion parce que l'idéal n'existe pas. J'étais dans le besoin de validation, je cherchais les réponses chez les autres au lieu de creuser chez moi. Maintenant que je prends du recul sur les événements de ma vie, mes comportements, mes paroles etc...je me rends compte que là aussi, en cherchant le besoin de validation des autres...ce qu'on recherche vraiment c'est celle du créateur. Notre Ruh a l'intérieur, (notre Soi véritable) c'est ça qu'elle recherche, on le sait mais de manière inconsciente, parce qu'on a oublié, on a oublié ce lien indestructible avec Celui qui nous a donné la vie. 


Se découvrir pour mieux se soumettre, non se suffire.

L’islam ne rejette pas le désir d’introspection. Il l’oriente. Il le purifie. Il le ramène à sa source : la servitude volontaire, douce, assumée.

Le « je » qui cherche Allah se transforme. Il cesse d’être au centre (ego/peur). Il devient pont, canal, serviteur (inconditionnel). Et c’est là que commence la véritable guérison : quand le « je » cesse de vouloir tout guérir et commence à faire confiance. Je dirai même qu'il cesse de vouloir comprendre tout ce qu'il se passe et s'apaise pour retourner à la source.

"Ô toi âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée." (Sourate Al-Fajr89:27-28)


Allah nous apprend à faire la différence entre l'égo et la dévotion.

"Ya 'Ibadi" ...ça me dépasse, ça te dépasse, ça nous dépasse.


Conclusion

  • Et si le vrai toi n’était pas à inventer, mais à retrouver ?
  • Et si tu étais déjà connu, aimé, attendu… par Celui qui t’a créé ?
  • Et si, en fait, c’était Lui que tu cherchais, en te cherchant toi à travers les autres ?


Là où ton âme s’arrête, Sa parole te reprend. Là où ton cœur s’éparpille, Sa sagesse rassemble. Cherche-toi… mais cherche-Le encore plus.

Car plus tu avances vers Lui, plus tu te retrouves vraiment.





Citation : 

« Celui qui se connaît, connaît son Seigneur. »

Source : Cette maxime est fréquemment attribuée à al-Ghazālī dans les cercles soufis, bien qu’elle ne figure pas dans ses ouvrages principaux comme Iḥyā’ ʿUlūm ad-Dīn. Elle est plutôt rapportée dans la tradition soufie, notamment chez :

  • Ibn ʿArabī dans certains de ses recueils
  • al-Junayd ou al-Hakīm at-Tirmidhī selon les chaînes orales

Les savants classiques expliquent que cette parole signifie que l’humain, en prenant conscience de sa faiblesse, de sa dépendance et de ses limites, reconnaît par contraste la grandeur et l’indépendance d’Allah.

Note : Bien que cette parole ne soit pas un ḥadîth authentique, elle reste couramment utilisée par les maîtres du taṣawwuf pour illustrer un cheminement spirituel ancré dans la connaissance de soi comme pont vers la connaissance d’Allah.


Études : 

● Lisa Feldman Barrett
  • How Emotions Are Made: The Secret Life of the Brain (2017)
  • Neuropsychologue et chercheuse en psychologie à Northeastern University
  • Thèse : Le « soi » est un processus de construction constante façonné par les émotions, l’environnement et le contexte social, et non une entité stable.
● Antonio Damasio
  • The Feeling of What Happens: Body and Emotion in the Making of Consciousness (1999)
  • Neurologue de renom, directeur du Brain and Creativity Institute
  • Vision : L’identité personnelle est enracinée dans le corps, les émotions et l’expérience. La conscience de soi est un construit dynamique.

Spirituelle

  •  Al‑Ghazālī — Iḥyā’ ʿUlūm ad‑Dīn (Le réveil des sciences de la religion) : un incontournable du taṣawwuf, qui relie la connaissance de l’âme, de Dieu et de la vie quotidienne.
  • Ibn ʿArabī — Futūḥāt al‑Makkiyya (Révélations de La Mecque) : pour une lecture plus profonde, mystique, sur l’Unité et la conscience spirituelle.
  • Al‑Ḥallāj — Kitāb al‑Tawāsīn : court ouvrage symbolique, puissant pour saisir la posture de l’amant devant le Bien-Aimé.

Contemporaine

  • Sidi Ḥannā al‑Rawāḥī — La Voie des Martyrs : réflexion moderne sur la quête intérieure, le don de soi, l’âme en marche.
  • Mohamed Talbi — À la croisée des chemins : foi et modernité : pour un regard lucide sur la spiritualité dans le monde actuel.
  • Tariq Ramadan — La Quête de sens : aborde la question identité / foi / quête dans un contexte moderne.

Scientifique

  • Lisa Feldman Barrett — How Emotions Are Made: The Secret Life of the Brain : une perspective neuroscientifique sur l’identité, l’émotion, la construction du soi.
  • Antonio Damasio — The Feeling of What Happens: Body and Emotion in the Making of Consciousness : explore comment l’expérience du corps façonne la conscience et l’identité.
  • Stephen Grosz — The Examined Life : plus accessible, essayiste britannique, qui raconte des intervalles de vie et de réflexion sur qui nous sommes.