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L'Alchimie Du Coeur

🌙 La transmutation spirituelle : s'éléver de l'intérieur
2 octobre 2025 par
Khadidja MAROUF



Le Travail Spirituel : Comprendre Rûh, Nafs, Qalb et Amâna.


Avant de démarrer dans ce travail spirituel, il est essentiel de distinguer les concepts pour mieux appréhender le mécanisme. 

Quand on parle du cœur en Islam, on ne parle pas seulement d’un organe physique, mais du centre de l’être, le lieu où se rencontrent la lumière du divin et les obscurités de l’ego. Pour comprendre l’alchimie intérieure et la guérison du cœur, il est essentiel de distinguer quatre réalités fondamentales : le Rûh, le Nafs, le Qalb et l’Amâna.


Le mot ​Être-Humain est composé de 2 parties, nous ne sommes donc pas que "humain", nous somme un être à l'intérieur d'un corps humain :


​- L'Être = le Ruh 

- L'​Humain = le Corps 


Le Rûh : le souffle divin.

Le Rûh est le souffle qu’Allah سُبْحَٰنَهُۥ وَتَعَٰلَىٰ a insufflé à Adam (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ) (Coran 15:29). C’est la part la plus pure de l’être humain, une lumière immatérielle qui relie directement l’homme à son Créateur. 

Le Rûh est l’âme pure telle qu’Allah l’a créée.

Le Rûh ne se corrompt jamais ; il reste immaculé car il vient d’Allah. Mais il peut être voilé par les ténèbres du Nafs et les impuretés du cœur. 


Le Nafs : l’âme charnelle.

Le Nafs est l’ego, la partie de nous qui incline tantôt vers le bien, tantôt vers le mal. 

Le Nafs, ce sont les voiles et les états que cette âme traverse dans son cheminement — de l’ego qui tire vers le bas, jusqu’à l’âme apaisée qui reflète à nouveau la lumière du Rûh. 

Le Coran décrit ses différents états :

  • Nafs ammâra (l’âme qui incite au mal – 12:53),
  • Nafs lawwâma (l’âme qui se blâme – 75:2),
  • Nafs mutma’inna (l’âme apaisée – 89:27).

(Cf. Le soufisme détaille jusqu'à 7 états du Nafs...)

Le Nafs est à la fois une épreuve et une opportunité : il peut tirer l’homme vers la Dunya et l’oubli, ou s’élever vers l’agrément d’Allah à travers la purification.


Le Qalb : le cœur spirituel.

Le Qalb est le siège de la conscience, le miroir où se reflète la lumière du Rûh… ou au contraire les ombres du Nafs. C’est pourquoi le Prophète ﷺ a dit :

« Il y a dans le corps un morceau de chair : s’il est sain, tout le corps est sain ; et s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. C’est le cœur. » (Sahîh al-Bukhârî, Muslim).

Le cœur est donc le champ de bataille où s’affrontent le souffle divin et les passions de l’ego. C'est la fameuse chambre commune, le pivot. 

Le coeur est donc une conséquence directe de notre responsabilité, de ce dépot sacré...


L’Amâna : le dépôt sacré.

L’Amâna, confiée à l’homme seul, est la responsabilité de porter ce souffle divin et de cultiver le cœur en domptant le Nafs. Elle représente le libre arbitre, la foi et la mission de Khalîfa sur Terre. 

C’est à travers l’Amâna que l’homme est appelé à transformer son cœur en un sanctuaire pour la lumière divine.



Ainsi, l’Alchimie du cœur est ce processus par lequel l’homme purifie son Nafs, éclaire son Qalb, honore son Amâna et laisse briller en lui la lumière du Rûh.

Ma vision



1 Purifier son Nafs : Guérir ses blessures émotionnelles. 


Nous portons tous en nous des blessures. Invisibles, parfois enfouies depuis l’enfance, elles façonnent notre manière de penser, d’aimer, d’agir. Elles conditionnent nos relations, nos choix, et même notre rapport à Dieu. Mais si ces blessures pouvaient être transformées ? Si elles n’étaient pas seulement des fardeaux, mais les matières premières d’une véritable alchimie du cœur ?

Cet article approfondit l’épisode du podcast « L’Alchimie du Cœur », en explorant le lien entre psychologie moderne, neurosciences et enseignements spirituels islamiques, afin d’ouvrir un chemin de guérison intérieure.


Fitre : L’innocence originelle & l'enfant intérieur.

Dans la tradition islamique, chaque être humain naît dans un état de fitra — la disposition naturelle à reconnaître et adorer Allah. (Islam : Soumission à Allah)


Le Prophète ﷺ a dit :

« Tout enfant naît selon la fitra. Ce sont ses parents qui en font un juif, un chrétien ou un mazdéen. » (Hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim).

Cela signifie que, dès la naissance, le Nafs n’est pas encore corrompu. Le nourrisson vit dans un Tawakkul pur (confiance absolue en Allah) : il pleure lorsqu’il a faim, il s’apaise lorsqu’il est rassuré, sans calcul ni orgueil. Il ne connaît ni la colère destructrice, ni la rancune, ni la peur de manquer.

Le bébé est donc un reflet de l’âme dans sa forme la plus pure, avant que l’ego (nafs ammâra) ne se développe au contact des conditionnements familiaux, sociaux et culturels.


De la pureté à l'oubli.

Avec le temps, l’enfant grandit et intègre des blessures, des attentes et des désirs. C’est à ce moment que le Nafs commence à s’agiter, que les voiles se forment. La purification spirituelle consiste donc à revenir vers cet état de fitra, non pas en redevenant naïf comme l’enfant, mais en cultivant une confiance éclairée et consciente en Allah.

« Dirige tout ton être exclusivement vers la religion, telle qu’Allah l’a originellement créée pour les hommes. Nulle modification à la création d’Allah. » (Coran Ar Rum 30:30)

Dans la psychologie spirituelle, l’enfant intérieur blessé correspond aux parties de nous-mêmes qui n’ont pas reçu amour, sécurité ou reconnaissance.

Dans la perspective islamique, ces blessures naissent du déséquilibre du Nafs, de l'éloignement c’est-à-dire quand on oublie Allah, ou qu’on oublie que notre valeur vient de Lui, et non du monde.

En arabe, Le mot El Insān (qui veut dire l'humain) ressemble beaucoup au mot "El Nāsyan" (l'oubli). L'homme est donc de nature à "oublier" facilement certains événements, certaines personnes qui ne "comptent" pas. Encore piiire quand on entretien pas de relation avec son créateur...

Quand Allah dit :

« Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Allah, et Il leur a fait oublier leurs propres âmes. »

(Sourate Al-Hashr, 59:19)

Il nous enseigne que l’oubli de Dieu entraîne l’oubli du soi authentique, de cette part innocente, confiante et aimante en nous. C’est cet oubli-là qui fait taire la voix de l’enfant intérieur.

Mais guérir son enfant intérieur, ce n’est pas un acte thérapeutique isolé : c’est un retour à la fitra, à cette pureté d’intention, à cette foi simple et sincère que nous avions enfants. Une sincérité que nous avons finalement laissé sur le chemin à un moment donné...( d'ailleurs Allah rapproche la foi (Iman) avec la sincérité (Ikhlas)). 

C’est retrouver ce tawakkul en Allah comme celle qu’a un nourrisson envers sa mère.

C’est aussi réapprendre à aimer sans peur, à créer sans attente, à s’émerveiller devant la vie. On retrouve les qualités de l’enfant : la sincérité, la douceur, la curiosité, la confiance.

Et tout ça a lieu dans un endroit très précis... Quand on quitte le mental (la raison) pour descendre vers le coeur (l'émotion).

La science moderne ne cesse de redécouvrir ce que les traditions spirituelles savaient depuis longtemps : le cœur est bien plus qu’une pompe biologique.

En neurosciences, le HeartMath Institute a démontré que le cœur possède son propre réseau neuronal, communiquant en permanence avec le cerveau. Cette connexion influence nos émotions, notre perception et notre bien-être.

La cohérence cardiaque, par exemple, régule le stress, apaise l’esprit et favorise la clarté émotionnelle.

Dans le Coran, Allah Soubhanou Wa Ta'Ala nous rappelle :

« Ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais les cœurs dans les poitrines. » (Coran 22:46)

Et dans un hadith authentique, le Prophète ﷺ a dit :

« Il y a dans le corps un morceau de chair, s’il est sain tout le corps est sain, et s’il est corrompu tout le corps est corrompu : c’est le cœur. » (Bukhari & Muslim)

Le cœur est donc à la fois organe physique, centre émotionnel et réceptacle spirituel. C’est par lui que nous pouvons transformer nos blessures en lumière.



Comprendre nos blessures émotionnelles.


La psychologie moderne parle de cinq blessures fondamentales : rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice. Ces blessures, souvent vécues dans l’enfance, créent des mécanismes de défense qui se répètent à l’âge adulte.

Bessel van der Kolk, dans "Le corps n’oublie rien", montre que les traumatismes s’inscrivent dans le corps, dans la mémoire cellulaire.

De son côté, Bruce Lipton explique dans "La biologie des croyances" comment nos pensées et émotions influencent nos cellules et notre santé.

En islam, ce que les psychologues appellent “blessures” se rapproche du travail sur le nafs (l’ego), cette part de nous qui est blessée, orgueilleuse ou peureuse. C’est elle qu’Allah nous appelle à purifier :

« A réussi celui qui purifie (son âme). Et a perdu, certes, celui qui la corrompt. » (Coran 91:9-10)

Nos blessures émotionnelles deviennent alors deas portes d’accès à cette purification.

Car, vous l'avez deviné, dès lors que l'on travaille sur ses blessures, on se libère de ce qui nous enchainait, on se libère des faux semblants, on se libère des éléments qui nous maintenaient jusqu'ici DANS le bas. 

On se libère des murmures, on se libère du Waswas, on se libère du voile et des masques, on se libère de l'influence. 



II Éclairer son Qalb : Transmuter la souffrance vers la lumière .


Le Qalb est le cœur spirituel. Il n’est pas seulement un organe physique, mais le centre transformatif intérieur. C’est dans le Qalb que se reflète la lumière d’Allah ou, au contraire, que s’accumulent les voiles. (Cf. Article sur la Dualité)

L’Alchimie, dans sa symbolique, est l’art de transformer le plomb en or, le fait qu'un corps change de substance, passant d'une « nature vile » à une « nature noble ».  

Spirituellement, cela signifie transformer la douleur en sagesse, la peur en foi, la blessure en ouverture. 

Par exemple :

  • La blessure de rejet peut devenir une force d’ancrage en soi, et un rappel qu’Allah ne rejette jamais Ses serviteurs.
  • La blessure d’abandon se transmute en reliance, car Allah est Al-Wali (Le Protecteur).
  • La blessure de trahison s’élève vers la fidélité envers ses valeurs et envers Allah, qui est Al-Haqq (La Vérité).

Le cœur devient alors un laboratoire spirituel où chaque épreuve est l’occasion de s’élever, de faire briller le souffle divin, l'Esprit, le Ruh qu'on porte chacun à l'interieur de nous ! 



Références coraniques et soufies.


Le cœur voilé.

Le Prophète ﷺ a dit :

« Lorsque le serviteur commet un péché, un point noir se forme sur son cœur. S’il se repent, cela s’efface. S’il persiste, cela grandit jusqu’à recouvrir son cœur. » (Rapporté par Tirmidhî).

Ainsi, le Qalb peut être obscurci par :

  • L’orgueil (kibr),
  • L’attachement excessif de la Dounia,
  • Le manque de dhikr.


Le cœur éclairé.

Lorsque le cœur est purifié, il devient réceptacle de la lumière divine (Nûr). Le Coran évoque :

« Allah est la Lumière des cieux et de la terre. […] Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. » (Coran 24:35).

Exemples concrets :

  • Un cœur purifié ressent de la sérénité dans l’épreuve, car il reconnaît la sagesse divine.
  • Il rayonne dans ses relations humaines par la rahma (miséricorde), reflet des attributs divins.

Et comme on l'a vu dans l'article ICI en analysant la Sourate An Nûr, le coeur est enveloppé d'un "cristal" qui lorsqu'il est poli, il reflète la lumière..à contrario il peut aussi noirçir...

Mais dans la vie de tous les jours, lorsque l'on a réussi à vivre cette alchimie, tu sais ce qu'il se passe ? Tu n'as pas d'autre choix que de tomber "amoureux" de toi même, quand tu prends du recul, et que tu réalises le chemin que tu as parcouru, le poids que tu as porté, la douleur que tu as encaissé...tu réalises à quel point tu te suffit à toi même grâce à la présence d'Allah et à tout ce qu'il t'as permis d'endurer. C'est pour cela qu'Allah aime les endurants car Ils voit la valeur de tes intentions, de tes pensées, de tes actions... Il voit ce que tu es devenu. 

Une valeur que tu commences à voir que quand tu ressens l'épreuve comme une leçon. Comment ne pas être amoureux de la meilleure version de nous même ? L'amour de soi se reflète dans l'amour des autres, et quand Allah t'aime...Game over ! 

Les maîtres spirituels de l’islam, comme Al-Ghazali ou Ibn Arabi, rappellent que le cœur est le lieu de la rencontre entre l’humain et le divin. Entre le Dunya (Nafs) et la Lumière divine (Ruh), entre le bas et le haut, entre les tentations et la libération. C'est pourquoi nous avons le devoir et la responsabilité de guérir et de préserver notre coeur spirituel.



Ibn Arabi disait :

« Mon cœur est devenu capable de toutes formes : il est pâturage pour les gazelles, monastère pour les moines, temple pour les idoles, Kaaba pour le pèlerin. Il est les Tables de la Torah et le Livre du Coran. Je professe la religion de l’Amour : là où se dirigent ses montures, l’Amour est ma religion et ma foi. »

Ces paroles poétiques nous enseignent que le cœur, une fois purifié, devient un miroir du Divin. Allah t'aime ! 

On ne remplace pas le divin, On n'associe pas le Créateur, on l'incarne dans son essence, nous sommes après tout en tant qu'être humain, un Khalifa sur Terre. Nous sommes vecteur de lumière, grâce à la sagesse mais aussi à la suite de notre purification, de notre élevation.

Comme l’a dit Ibn ‘Arabi :

« Ton cœur est le miroir du divin. Plus tu le polies, plus il reflète la Réalité. »



Quand science et spiritualité se rejoignent.


La science contemporaine valide ce que le Coran enseigne depuis 14 siècles :

  • Le stress et la peur abîment le cœur (les neurosciences le prouvent).
  • L’amour, la gratitude et la foi renforcent l’immunité et la résilience.
  • Les pratiques spirituelles (prière, dhikr, méditation coranique) créent une cohérence énergétique, une cohérence cardiaque qui guérit le corps et l’âme.

Ainsi, l’abondance émotionnelle ne vient pas de l’extérieur, mais d’un cœur aligné, pacifié et relié au Créateur. Cet amour inconditionnel avec Lui et avec TOI-MEME. Tu ne t'aimes pas parce que tu as un bon salaire, parce que tu as une bonne famille, parce que tu as la validation des autres etc... 

Tu commences à vivre l'Amour Inconditionnel parce que tu as mérité l'amour d'Allah Azawajel.

L'union avec le Divin c'est l'attachement exclusif et l'amour d'Allah. 



Outils pratiques pour entamer sa guérison.


Voici quelques pratiques simples, validées scientifiquement et spirituellement :

  1. Cohérence cardiaque – Allah est plus proche de nous que notre propre souffle ! La respiration permet de s'ancrer dans le présent, un présent eternel qui nous relie au Créateur > 7 secs d'inspiration pleine, pause 4 secs et 7 secs d'expiration - Répéter 7 fois.
  2. Dhikr et Salawat – Répéter « La ilaha illa Allah » , faire appel à « El Qadir » ou envoyer des bénédictions sur le Prophète ﷺ pour apaiser le cœur et se connecter à notre version supérieure celle qui est connectée au divin. Je rappelle que le mot Salat veut dire connexion, ce n'est pas juste la prière...
  3. Écriture thérapeutique – Écrire ses blessures pour les mettre à distance et ouvrir un espace de guérison.
  4. Gratitude quotidienne – Faire preuve de Taqwa, méditer sur la création tous les jours !! Noter 3 choses pour lesquelles on remercie Allah chaque soir. 

Avec le temps, et suffisamment d'espace, vous allez cultiver un mindset, un caractère, une mentalité qui se prosterne consciemment devant son Créateur. 

C'est d'ailleurs comme ça que l'on atteint El Ihsan, cet état d'excellence spirituelle, nous sommes observés, accompagnés et protégés à chaque moment de notre vie par une conscience Suprême, Allah. Il est omnipotent, omniprésent et ominiscient. 



Conclusion


Guérir ses blessures, c’est accepter que nos cicatrices soient des portes. C'est l'opportunité de dompter son Nafs. (jusqu'à atteindre l'âme purifiée...). C'est prendre ce chemin de guérison, porter cette Amana, et accepter la charge qui nous incombe tous en tant que croyant et pratiquant. 

C’est comprendre que le cœur n’est pas seulement le siège de la douleur, mais celui de la transformation.

Et c’est finalement réaliser que chaque blessure est un rappel qu’Allah est proche, plus proche que notre veine jugulaire, et qu’Il nous invite à revenir à Lui par l’alchimie du cœur. 

Quand on atteint ce stade, on se rend compte qu'on ne doit jamais voir par la séparation, on ne doit jamais se considérer comme un être à part entière, dissocié de son Créateur, car Allah est Un, Allah est Tout. 


Lectures recommandées


  • Al-GhazaliLa purification du cœur (Ihya Ulum al-Din).
  • Cheikh Abd al-Qadir al-JilaniFutuh al-Ghaib.
  • Rumi (Jalal al-Din Rumi)Mathnawi.
  • Seyyed Hossein NasrMan and Nature.
  • Bessel van der KolkLe corps n’oublie rien.
  • Bruce LiptonLa biologie des croyances.